HIVERNATRAIL 2010

ST COMES LE 12 DECEMBRE 2010

Dimanche 12 décembre2010. Il est 5h30 quand le réveil sonne. Cela fait 8 mois que je ne me suis pas levé aussi tôt pour participer à une épreuve sportive. Huit mois que je me demande comment va réagir mon genou lorsqu’il devra avaler les kilomètres et les chocs. Je n’ai plus pris le départ d’une course depuis un certain 24 avril 2010 et les 100 kilomètres de Belvès. L’état dans lequel se trouve mon genou depuis la fin janvier de cette année m’avait contraint à l’abandon au Km75. Je m’étais promis de ne plus courir avant 2011 et ainsi laisser ma blessure se soigner afin de repartir du bon pied l’an prochain.

Mais voila. Comment fermer les yeux et ne pas se laisser tenter par une ballade de plus de 4h et longue de 36 kms dans l’arrière pays Nîmois? Comment ne pas succomber à l’envie de participer à la 5e édition de l’Hivernatrail, d’y croiser cette équipe de bénévoles qui me font régaler depuis 4 ans maintenant. Une équipe menée de mains de maître par Didier, leur président. Un parcours toutes les années remanié qui nous offre à chaque édition son lot de surprises dans un décor unique. Une organisation bien huilée qui n’a rien à enviée aux épreuves de renommée nationale telle que les Templiers, la Saintélyon ou autres Ultra-Trails. Et je sais de quoi je parle pour avoir participé à pas mal de ces courses où quelques hectomètres de sentiers et DFCI leur attribue le nom de Trails. Ces courses a but commercial où l’accueil des coureurs, la disponibilité et la gentillesse des organisateurs, les ravitaillements et la chaleur humaine est souvent mise à mal en quête de profit et de rentabilité.

Et puis il y a Romain, mon filleul, qui pour la première fois va prendre le départ d’un Trail. Lui qui n’a finalement prit le départ que de seulement trois courses depuis qu’il s’est mis à la course à pied et qui s’est lancé comme défi de boucler son premier Hivernatrail en ma compagnie. Je suis à peu prés sur de retrouver sur place Philippe Leroy que je n’ai plus vu depuis pas mal de temps mais également Gilles, mon pote du Vaucluse que j’ai revu pour la dernière fois ici, en 2008, et avec qui j’avais effectué cette année là, la course de bout en bout pour ma plus grande joie.

Autant de choses qui devraient me permettre de clôturer cette piteuse année de course sur une note haute en couleur.

Petite boucle par St Gilles afin de récupérer Romain et nous voila partit direction la Vaunage. Je ferai en sorte, tout au long de la route, de rassurer mon filleul du mieux possible et également le conseiller sur la façon d’appréhender une épreuve telle que l’Hivernatrail. Je ne suis pas assez bon pour me permettre de lui donner une leçon de course à pied, mais je pense avoir un minimum de vécu dans ce genre de course pour lui prodiguer quelques conseils sur la gestion de l’effort mais également sur l’alimentation. Je le sens un tantinet stressé et c’est déjà un point positif. Pour ma part une bonne course passe, quoi qu’il arrive, par une bonne dose de pression. Il n’est pas le premier a qui je le dis, mais il ne faut pas s’inquiéter. La boule au ventre qui nous pèse souvent plusieurs jours avant une course disparait comme par enchantement au bang de départ, ça c’est une certitude.

Il est 8h  lorsque nous entrons dans le village de St Comes et on ne peut pas dire qu’il y est foule. Nous allons nous garer et nous retrouvons sur place un collègue de boulot qui devrait faire course commune avec nous. Direction la salle des fêtes pour retirer nos dossards et nous plonger dans l’ambiance d’avant course. Comme a leur habitude, l’équipe de bénévoles regorge de gentillesse. Tout les participants sont accueillis chaleureusement et comble de coïncidence c’est la même bénévole que l’an dernier qui nous remettra nos dossards. Elle est toujours aussi souriante et jolie. Il y a des yeux que l’on a du mal à oublier…

Alors que nous nous réchauffons avec un bon café, voila qu’entre dans la salle, le chef d’orchestre, le maestro de l’organisation, Didier, président du Nîmes Trail attitude. Je suis ravi de le retrouver et de pouvoir le saluer comme il se doit. Cet homme est a l’image de son équipe : accueillant, chaleureux, disponible et c’est avec joie que je le présenterai à Romain.

Nous retournons à la voiture afin de nous préparer et cela nous permettra de croiser Laurent Poudevigne, bénévole et organisateur de l’Hivernatrail, avec qui j’ai travaillé pendant pas mal d’année et qui a su en 2007 me donner l’envie de venir découvrir cette splendide course. Après avoir échangé quelques mots avec lui, il est temps de passer aux choses sérieuses. Il nous faudra une grosse demi-heure pour nous préparer. Ceci fait nous partons à l’échauffement. Finalement il ne fait pas spécialement froid comme aurions pu le craindre et je dirai même que la température est relativement agréable. Nous partons à l’échauffement vers 9h30 et je n’ai toujours pas croisé ni Philippe ni Gilles mais je suis a peu prés sur de les retrouver sur le parcours tôt ou tard. A quelques minutes du départ nous nous rapprochons de la ligne. Romain à l’air sur motivé. Il va lui falloir bien gérer sa vitesse et ne pas lâcher toute son énergie sur la première boucle. La deuxième partie étant beaucoup plus cassante que la première attention de ne pas brûler toutes ces cartouches et d’en garder sous le pied. Nous nous sommes donnés quatre heures pour tordre l’affaire mais l’essentiel étant pour Romain de finir son premier Trail qui plus est d’une telle distance et surtout de prendre beaucoup de plaisir aujourd’hui. Quand à moi, une seule chose compte, l’état de mon genou à la fin de l’épreuve, et surtout sa faculté a tenir la distance après les déboires rencontrés durant ces 12 derniers mois. A la grâce de Dieu…

De toute façon le chrono ne veut pas dire grand-chose sur cette course étant donné les modifications apportées au parcours chaque année. Il est donc difficile de se baser sur le temps des éditions précédentes. Et puis je me souviens avoir dis après mon abandon à Belvès, que je donnerai tout pour être sûr de pouvoir simplement recourir un jour ne serait ce que pour le fun. Alors il est hors de question de bouder mon plaisir et merci mon Dieu d’être la aujourd’hui !!!

Dernière bise à Romain, derniers encouragements et c’est devancé, comme d’habitude ici, par une équipe de gardians que nous nous élançons direction le bonheur…

Il aura suffit de quelques centaines de mètres pour que je reconnaisse Philippe parmi le flot des coureurs. J’en profite pour le féliciter de son exploit, et je n’exagère pas, sur la traversée des Pyrénées au mois d’aout. Chapeau Monsieur…

Après seulement quelques kilomètres parcourus ensemble, j’ai l’immense joie, et je n’exagère pas là non plus, de retrouver cette fois mon pote Gilles. Putain ce que ça peut me faire plaisir de l’apercevoir enfin. Cette fois ça y est, un petit groupe de cinq s’est formé et j’espère avoir la joie de faire quelques kilomètres ensemble. C’est ça aussi l’esprit Trail.

Les bornes s’enfilent comme des perles et nous ne pouvions espérer mieux en ce qui concerne la météo. Température clémente et terrain sec. Rien à voir avec l’édition dantesque de 2008. Romain a l’air en grande forme et se permet même d’ouvrir la route par moment à notre petit groupe. Culotté le gamin !!!

Gilles ne sera pas avare d’encouragements et de compliments à son égard et connaissant mon filleul, je sais qu’il doit apprécier cela a sa juste valeur. Je trouve également Gilles en forme olympique et j’ai un peu avant la mi-course le sentiment que cette année je n’aurai pas le plaisir de passer la ligne d’arrivée a ses cotés. Il est de toutes évidences vraiment à l’aise dans ses baskets. Et puis, pour ma part, je ne suis pas à l’abri. Je suis loin de savoir si le genou tiendra, même si pour l’instant aucune gène n’est à signaler…

Tout va baigner jusqu’au Km15. Là, j’aurai la bonne idée de laisser trainer les pieds et de ce fait, me les prendre dans le tapis. Où devrai-je dire dans une racine. Triple salto arrière au programme et retombée pilepoil sur le genou malade… Je me relève tant bien que mal en serrant les dents car la douleur dans le genou me fait craindre le pire. Je repars tout doux sachant que le ravito de la mi-course n’est plus très loin.

Nous y parviendrons en 2h05’ et à quelques secondes prés, nous sommes finalement tous les cinq dans la même minute. Nous prenons le temps de grignoter un peu et de recharger les poches à eau et autres gourdes. Tout le monde à l’air relativement en bon état avant d’attaquer la seconde partie. Le seul touché physiquement me semble t’il, c’est Laurent, mon collègue de boulot. Je crains qu’il soit obligé de lever un peu le pied s’il veut voir l’arrivée. Philippe reprendra la route rapidement pour ne pas se refroidir et après seulement quelques minutes ce sera notre tour de nous y coller.

Juste deux ou trois kilomètres après le ravito nous stopperons une dizaine de minutes pour soigner comme nous le pourrons un concurrent qui se fendra le crane contre un arbre après avoir trébuché dans une racine. Ça saigne pas mal et de toute évidence il lui faudra quelques points de suture. Nous nettoierons sa plaie du mieux possible et une fois ses esprits retrouvés nous reprendrons notre route. A partir de là notre groupe se réduira a trois. Philippe roulant en solo depuis le ravito, c’est au tour de Laurent de lâcher l’affaire. Il va littéralement exploser et disparaitre de vue dans le zigzag des monotraces. L’Hivernatrail fait partie de ces épreuves où l’on ne peut pas tricher. Tu te prépares pour ou tu le paie cash à un moment ou à un autre. Et pour lui ce sera aux alentours du Km20.

Me voila donc en compagnie de Romain, toujours en jambe, et de Gilles. A ce moment là, j’ai la sensation fort sympathique que nous allons aller au bout ensemble. Je me suis débarrassé depuis le ravito de ma deuxième peau et une chose est sure, il ne fait pas froid. La seconde partie du parcours est extraordinaire. Quand ça ne monte pas ça descends.

Il faudra attendre le Km30 pour que Romain accuse le coup et prenne une bonne gifle physiquement. Il va ramasser sévère comme il fallait s’en douter étant donné son manque de vécu dans ce genre d’épreuve. Mais rien d’anormal ni d’alarmant. Tout simplement le mur que connaissent la plupart des coureurs qui ne sont pas familiers avec ce type de distance.

Nous redoublerons d’efforts, Gilles et moi-même, pour soutenir et porter à bout de bras Romain pendant les cinq derniers kilomètres. Il a vraiment du mal mais je sais que l’idée d’être accueilli à l’arrivée par ses parents, sa sœur et sa fiancée lui permet de passer outre la fatigue et d’avancer encore.

Je passerai les détails sur la beauté technique et ludique de cette fin de parcours. Ces dix derniers kilomètres sont à vivre absolument. Il est difficile en quelques mots d’expliquer le pied que l’on peut prendre sur un tel terrain et je ne conseillerai jamais assez aux amoureux de Trail de venir finir leur année de course sur une telle note. Mais avis aux amateurs. Les inscriptions ouvrent toujours très tôt et ferment très rapidement étant donné l’engouement pour cette épreuve. Et lorsqu’on y a participé une fois, on ne veut pas laisser sa place aux autres…

A environ 1500 mètres de l’arrivée nous quittons définitivement les sentiers pour retrouver le bitume qui va nous mener jusqu’au bout. Je cours à quelques pas derrière Romain et j’avoue être sincèrement fier de mon filleul. Il aura, pour son premier rendez vous avec ce genre d’épreuve, été vraiment à la hauteur. Il a su mener la danse pendant bien des kilomètres et ceci de fort belle manière.

Et là, j’aperçois alors Marine, sa frangine, ainsi que mon frère, ma belle sœur et Aurélia sa fiancée, présent comme cela était prévu pour l’accueillir comme il se doit. Je ne peux en aucun cas retranscrire ce que le petit a put ressentir a ce moment là mais je peux le comprendre aisément pour l’avoir vécu. Que c’est bon lorsqu’on aperçoit ses proches et quel bonheur de finir sur cette image. Dernier virage à droite avant d’apercevoir la ligne d’arrivée que nous franchirons tous les trois ensemble en 4h20’. J’embrasse Romain et Gilles et les remercie pour cette belle ballade et ces quelques heures passées ensemble. Cela à été un honneur de courir une nouvelle fois en compagnie de Gilles mais aussi une grande fierté d’avoir couru aux cotés de mon filleul.

Il est temps à présent d’aller nous ravitailler et nous réhydrater comme il se doit. En entrant dans la salle des fêtes nous croisons Philippe qui lui aussi en a terminé et nous devance de deux minutes sur la ligne. Félicitations.

Après avoir récupéré de nos efforts et avoir rechargé les batteries mises a mal durant ces dernières heures, nous passerons quelques instants, Gilles, Romain et moi-même en compagnie de mon frère, ma belle sœur et mes nièces, à refaire la course. Je ne lasse pas d’écouter Romain raconter sa course à ses parents et je dois avouer que je suis assez fier de l’avoir trainé ici aujourd’hui.

Comme a mon habitude, je ne quitterai pas les lieux avant d’avoir salué une dernière fois notre hôte du jour en la personne de Didier et le remercier pour cette belle journée.

Il aurait été aisé de faire, à l’exception de quelques anecdotes, un copié collé du compte rendu de course de l’Hivernatrail 2009 tellement ses organisateurs perdurent dans leur souci de bien faire et dans leur dévouement. Mais c’est avec joie et respect pour ces hommes et ces femmes extraordinaires que je prends, chaque année, énormément de plaisir à faire partager du bout de mon clavier ces moments fantastiques et chaleureux. Je l’ai déjà dis mais quel plaisir et quelle satisfaction de se sentir tous considérés de la même façon et avec les même égards. Les cadors, ceux qui se battent pour la gagne et nous, les sans grade, pour qui le seul fait d’être ici nous satisfait pleinement.

Encore une chose et pas des moindres. Combien de comité d’organisation de courses se paie le luxe de refuser des inscriptions afin de privilégier le bien être des participants. Combien ? Je n’en connais guère… Alors que certains se targuent de battre des records de participations au détriment de l’accueil, de la qualité des ravitaillements et de la disponibilité des bénévoles, Le N.T.A, lui, n’hésite pas a s’attirer les foudres de quelques retardataires. Et oui Messieurs Dames, qui n’avez pas encore gouté à l’Hivernatrail, ne perdez pas de temps et réservez dés l’ouverture des inscriptions, un dossard pour l’édition 2011.

Depuis le mois de septembre, date à laquelle j’ai repris un semblant d’activité sportive, je n’ai qu’un seul et unique objectif. Pouvoir participer à la 5e édition de l’Hivernatrail et retrouver cette garrigue Nîmoise qui fait mon bonheur depuis maintenant quatre ans. C’est chose faite et j’espère à présent pouvoir démarrer l’année 2011 sur de bonnes bases et réparer les quelques anomalies qui ont gâchées un peu la fête au cours des 12 derniers mois.

Je terminerai en reprenant les quelques mots que m’a fait parvenir une personne que j’estime beaucoup à mon retour de Belvès en avril 2010. L’abandon que j’ai connu là-bas m’a permis de faire le point sur pas mal de choses et en particulier les personnes sur lesquelles je peux compter dans les moments délicats.

… L’homme est un guerrier en conflit continuel avec la Vie. Il doit apprendre à savourer ses victoires et à rebondir de ses échecs … 

Que Dieu t’entende Pimponette et mon genou également…                                                            

                                                                                                       LAURENT

                   

( Didier, Président du Nîmes Trail Attitude, est à la tête d’une équipe fantastique…)

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour HIVERNATRAIL 2010

  1. DIDIER dit :

    Encore une fois, Laurent, tu nous fais par ton récit un somptueux cadeau de fin d’année. Quel plaisir de vivre notre trail de l’intérieur. J’ai même le genou qui me fait mal par solidarité. C’est pour des gens comme toi que nous passons un an à organiser et à chercher de nouveaux sentiers.
    A mon tour de te dire : ne change rien ! Continue à prendre du plaisir, certes parfois accompagné de souffrance ou de doute.
    Un immense bravo à toi et à Romain car pour un premier trail, ce n’est pas le plus facile.
    Amitiés de la part de toute l’équipe et bonnes fêtes à la famille Reynes
    Didier, NTA

  2. Romain Reynes dit :

    Pour décrire tous les souvenirs et les sensations que je garde de cette expérience, il me faudrait plus qu’un simple commentaire mais aussi les mêmes talents de narrateur de mon parrain. Mais pour faire simple, ce que je retiens de cette expérience (je l’appelle comme ça car c’était plus qu’une simple course à mes yeux), c’est un parcours qui m’a révélé toute sa beauté à chaque pas que je faisais en compagnie de mon parrain, gilles, laurent et philippe. Le plaisir de découvrir ces sentiers, ces paysages magnifiques m’a vraiment fait oublier la fatigue et la douleur… sauf sur les 5 derniers kilomètres, je le reconnais volontiers! Pour toutes ces raisons, MERCI à toi parrain de m’avoir embarqué avec toi dans cette aventure, MERCI à tes amis pour leur soutien pendant la course, MERCI à ma famille et ma fiancée d’avoir été là à l’arrivée et enfin MERCI à Didier et à tous les bénévoles d’avoir fait de ce diamant brut qu’est cette garrigue, un parcours ouvert à tout le monde et même aux débutants comme moi! Je finirai en disant simplement : à l’année prochaine!!!…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s